Kevin Camphuis, co-fondateur de l’accélérateur de business et d’innovation Foodtech ShakeUpFactory exhorte le secteur agroalimentaire à se saisir maintenant des enjeux datas et explique pourquoi c’est crucial.

  1. L’alimentaire a entamé sa transformation digitale et commence tout juste à mieux exploiter les données de ses produits. Quels sont selon vous les prochaines évolutions du secteur en la matière ?

Les facteurs à prendre en compte sont multiples :

Le secteur commence à s’y mettre sous la pression des consommateurs, des pouvoirs publics, des applications de scoring ou encore des distributeurs qui ont pris les devants. Il y a par ailleurs un besoin de standardisation entre tous les acteurs de la chaine de valeur pour éviter la profusion voire la cacophonie (multiplication des acteurs autour des données, sources peu fiables…) La réglementation française et européenne va se renforcer et demander encore plus d’informations et de fiabilité. Cette transformation est devenue incontournable et passera par une reprise en main des données alimentaires par les producteurs du secteur alimentaire qui sont aussi producteurs de données. 

Les filières alimentaires se mettent en mouvement grâce à une prise de conscience de l’importance de la nécessité d’une meilleure gestion des données. Elles commencent à s’organiser pour faire face aux nouveaux besoins de données qui arrivent (impact environnemental, recyclabilité des emballages…).

Et cela ne pourra s’arrêter aux données produit, mais concernera toutes les données de l’industrie agroalimentaire (sourcing, origine, fournisseurs, valeur environnementale, éthique…). On voit, de plus, émerger de nombreuses initiatives visant à déployer des solutions de traçabilité alimentaire, qui sont une étape, mais aussi une pression supplémentaire pour le secteur : il y a donc plus que jamais urgence de mettre en place des plans d’action data dans les entreprises de l’agroalimentaire qui vont permettre d’initier des réflexions pour déterminer comment mieux gérer les données et comment s’assurer qu’elles créent de la valeur.

  1. Vous avez contribué à la rédaction du livre blanc NumAlim dédié aux données produits alimentaires : selon vous, quels sont les atouts de NumAlim pour répondre à ces enjeux ?

Compte tenu de la complexité et l’ampleur du sujet, la chaîne de valeur agroalimentaire a besoin d’un acteur référent comme NumAlim pour l’aider à mettre en œuvre de bonnes pratiques, des standards mutuellement agréés et des solutions facilitatrices.

La collégialité intrinsèque de NumAlim et son statut de société coopérative d’intérêt collectif sont autant d’atouts pour réussir là où des acteurs privés n’y arriveront pas.

NumAlim a été souhaité par des acteurs (acteurs des filières agroalimentaires et les pouvoirs publics) qui reconnaissent l’urgence de formation et acculturation du secteur et l’importance de construire une vraie expertise des enjeux data spécifiques au secteur agroalimentaire.

  1. Pourquoi et comment l’écosystème agroalimentaire doit-il se saisir des enjeux data dès maintenant? 

Il est temps que les filières s’en saisissent, car les acteurs de l’agroalimentaire français ont du retard à rattraper et en parallèle, les exigences des consommateurs, des pouvoirs publics et des distributeurs vont continuer de croître. Ce sont plus d’informations et de données, plus fréquentes et certifiées qu’il va falloir produire et communiquer et l’écart entre les plus et les moins matures sur ces sujets risque de s’accentuer.

Face à ce constat, il me paraît indispensable que chaque entreprise initie ce que j’appelle un “plan d’actions data”, qui doit permettre de faire en sorte d’embrasser le sujet de manière structurée, en impliquant tous les métiers et anticipant toutes les opportunités qui peuvent en découler. Il va s’agir, non pas d’en faire une source de coûts, mais un programme créateur de confiance et de valeur.

Comment ? Des données, y compris de fabrication, mieux maîtrisées permettent d’améliorer des process et réduire les coûts. Des données bien gérées sont génératrices de confiance et d’information éclairée. En conséquence, une confiance renforcée (de toutes les parties prenantes) permet de créer de la valeur, voire de vendre plus cher. Enfin, une meilleure connaissance des consommateurs et de leurs usages permettra de créer des produits et des expériences plus efficaces.

Si vous n’avez besoin que d’un exemple pour confirmer ces assertions, regardez comment les deux nouveaux grands acteurs de l’agroalimentaire mondial – Amazon et Uber Eats – sont des experts de la donnée. Il leur aura suffi de moins de 10 ans, en s’appuyant sur une maîtrise des données sans équivalent, pour devenir des acteurs légitimes dans l’agroalimentaire et appréciés des consommateurs. Raison de plus pour que l’écosystème agroalimentaire réagisse…

A propos :

Début 2016, Kevin a cofondé ShakeUpFactory, un accélérateur de business et d’innovation Foodtech, au cœur de StationF à Paris. Il rassemble un écosystème international de plus de 170 startups, entreprises et investisseurs pour qu’ils créent des synergies entre eux et accompagne l’émergence de futurs champions de l’agro-alimentaire en leur apportant un support d’expertises et de réseau. Avant cela, il a occupé différentes fonctions marketing et innovation au sein du Groupe Seb, dont il a créé en 2011 le Lab Digital, cellule de prospective et de développement de toutes les nouvelles solutions s’appuyant sur les technologies numériques.

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